EDITORIAL de Christian GREGOIRE
Libre échange : la fin d’un dogme
Le libre-échange sans frontières économiques ni droits de douane était présenté hier comme un outil de croissance et de développement.Aujourd’hui tous les États ou presque ont abandonné ce principe jusqu’alors considéré comme dominant.
On se souvient des injonctions de l’OMC pur faire baisser drastiquement des droits de des douane. Ces droits avaient été divisés par deux en 25 ans. La France était même à O % avec les membres de l’UE. Le commerce entre États était considéré comme l’atout majeur de la croissance économique. C’était le temps des différents « rounds » de négociation partout sur la planète. Mais ce qui était hier une doctrine intangible est maintenant aux oubliettes. C’est que l’économie n’est pas une science exacte et et qu’elle reste redevable à la politique. Ainsi, la panacée d’hier devenue relique des temps anciens est combattue sur tous les fronts.
Les USA ont lancé l’assaut en imposant des droits de douane aberrants à presque tous leurs partenaires. L’UE a dû hélas s’incliner. Cette première reddition sera probablement suivie de beaucoup d’autres même si les marchés ne peuvent suivre les fluctuations de pensées du président américain.
Le libre échange n’a pas, à l’évidence, rempli les promesses de ses promoteurs Il a abouti en Europe a faire entrer sur nos marchés des produits à bas prix fabriqués en Asie. Il a poussé les entreprises à délocaliser leurs usines (puisque, en l’occurrence, au libre-échange, s’est ajouté à leur avidité de rentabilité) multipliant les chômeurs, et ouvrant nos portes à des productions aux normes sanitaires, sociales et environnementales bien plus laxistes que les nôtres.
Il offre une prime aux pays à bas salaires dont on connaît les conditions de travail déplorables des personnels. Le Mercosur est le dernier avatar de ces politiques. A leurs conséquences sociales lamentables il faut ajouter leur bilan écologique.
Il favorise les pays peu soucieux de leur environnement, et dépasse complètement toutes les positions entendables par rapport aux gaz à effet de serre et au réchauffement climatique, rien qu’en tenant compte des millions de trajectoires de marchandises, en avions, en bateaux ou en camions.
Des opinions publiques dans les pays développés commencent à devenir hostiles à ces orientations et à remettre en question l’idée même de mondialisation commerciale, à travers des portes d’entrée ouvertes à tous les vents, en mettant en opposition les avantages du prix bas à tous les autres inconvénients.
Le protectionnisme, hier diabolisé, semble revenir en grâce. Les États-Unis en ont pris l’initiative en espérant faire revenir leurs usine délocalisées en Asie ou en Europe, et en encaissant au passage des recettes douanières. La riposte des autres pays est donc inévitable même si l’UE pour l’instant s’est contenté de déclarations péremptoires et a semblé manqué de courage. Ces nouvelles règles ont fait basculer des marchés de denrées, de matériaux, ou d’énergie vers de nouveaux partenariat et marque dans le même temps un point de bascule vers un nouvel ordre commercial protectionniste.
Sur cet échiquier, le France fait office de pion puisqu’elle a transféré à la Commission de Bruxelles la compétence en matière commerciale, par le traité de Lisbonne. La complexité de répondre à cette donnée, réside dans le fait que la construction européenne s’est réalisée sur ce principe de la libre circulation des biens et des services, et que l’UE ne peut renoncer à cette idéologie pour reconnaître ne fut-ce que pour certaines productions obligatoires, qu’il faille se résoudre au protectionnisme, terme honni des aristocrates de la représentation européenne.
Pourtant, à l’intérieur, les points de vue des pays sont différents selon qu’ils sont exportateurs, ou soucieux de protéger leurs productions intérieures. Ce qui conduit à incapacité de construite une riposte commune et à s’organiser dans le chaos du marché mondial. Beaucoup de nations semblent impuissantes à contrôler les effets de la nouvelle guerre commerciale mondiale. D’où la remise en question, si le bon sens des décideurs économiques toujours guidés par l’intérêt ne revient pas mettre de l’ordre dans ce capharnaüm, d’un libre échange qui aurait atteint ses limites.
Christian GREGOIRE