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Publié le par Le Syndicat des journalistes et écrivains

 

PAR LE CHEMIN, poésie, par Didier Du Blé, éditions unicité

"Mes mots volent comme des feuilles en guirlande, sans que je ne les perde de vue sous l'oeil du Soleil blanc. Ils sont comme des brisures de silence, ils sont comme des fractions de moi ; ils demandent à être reconnus comme des actions, des sonorités. Le vent les prend en charge, les emporte nulle part. Non ! Il les entraîne vers la Mémoire de l'éternité. Ils sont là, tellement impatients dans leur fugitif élan. Ils sont couleurs et sons, de futurs liens imaginaires".L'immersion dans la poésie de Didier Du Blé conduit à ressentir avec sensibilité tout instant de la vie. Sa plume est créatrice d'une richesse infinie de sentiments qu'il sait exprimer avec pudeur et délicatesse. Son émotion devant toute chose interpelle et amène le lecteur à se repositionner face à sa propre existence. Le recueil de poésies de Didier du Blé offre des instants de plénitude.

La Rédactrice en chef

LA VIE SOLIDE, la charpente comme éthique du faire,

par Arthur Lochmann, Petite Biblio Payot, essais

« J’ai appris à penser matériellement en me servant de mes mains et en admettant le verdict des choses ». « Et de tous les corps d’état du bâtiment, c’est le seul (la charpente) qui procure cette sensation première, essentielle, des espaces en train de prendre forme sous le ciel. C’est un métier immensément exigeant, une vie solide à laquelle on s’attache ».

C’est en cherchant à financer ses études d’art et de philosophie, il avait effectué une prépa de trois ans et deux années d’université, que l’auteur s’inscrit dans un centre de formation, en charpente. Ce fut une révélation qui devint le destin de sa vie. Il sut comprendre ce qu’était l’artisanat et ses exigences, alliés à la noblesse du matériau qu’est le bois, organe vivant au cœur de nos vies. En parallèle, le travail d’équipe lui enseigne l’humilité et le partage. « Tout au long du chantier, on veille les uns sur les autres, les erreurs et les faiblesses de chacun seront prises en charge par tous ».

En s’investissant dans cet artisanat, l’auteur prouve que « l’artisanat est l’inverse du travail aliéné. C’est un rapport libre et cultivé aux matériaux utilisés, par la mise en œuvre de savoir-faire complexes et longs à acquérir ». « L’expérience consiste ainsi en un processus d’appropriation du vécu… La charpente reste un métier résolument collectif… ».

Le vécu d’Arthur Lochmann conduit le lecteur à une réflexion salutaire sur le rapport de l’homme à la matière et de son partage avec le groupe.

La Rédactrice en chef

 

 

LE SERPENT D’ETOILES par Jean Giono, Les Cahiers Rouges Gallimard

Qui ne peut lire ou relire Jean Giono sans ressentir cet émoi tressé de beauté poétique. « Tout est venu de ce jour de mai ; le ciel était lisse comme une pierre de lavoir ; le mistral y écrasait du bleu à pleine main ; le soleil giclait de tous les côtés ». « … Des flaques de silence et d’ombre dormaient dans la courbe des murs. La terre soupira un long soupir si doux, si calme qu’à peine deux ou trois tourbillons d’oiseaux s’élevèrent ».

L’écrivain poète, à la plume ciselée, livre une traduction métaphorique de la présence supérieure des éléments qui sont le socle de nos vies. Selon l’auteur, tout est vivant comme le vivant de l’homme, tout est accroché aux créatures de la terre et l’on ne peut dissocier le vent des arbres qui les frôle de sa puissante main : « C’était, à cette heure, la pleine nuit, l’épaisse nuit aux feuillages jamais taillés, la belle nuit claquante comme une voile, la nuit marine, et son flot roulait sur la plage des arbres, dans ces récifs de sommets de collines ; l’écume de la lune crépitait doucement contre les rochers ». « Je buvais du ciel, à longues goulées, comme l’eau au bassin de cette fontaine où j’avais miré mon premier rayon de berger ».

 La Haute Provence de Jean Giono est une terre qui murmure à l’oreille du berger qu’il devient : elle résonne de musiques terriennes et minérales où les mots n’ont pas de besoin propre ; la flûte qui rassemble les troupeaux sera pour le jeune berger comme une initiation à la pleine vie des collines ombragées et bienfaisantes dans une communion profonde. « Le ciel jouait à la balle avec ce grand bruit de troupeau et tous les échos des collines tremblaient de bêlements » par-delà le plateau de Malefougasse.

Le lecteur tressaille de bonheur, parfois un peu douloureux, en enfouissant sa lecture dans son ressenti, et ce qu’il saisit de suprême lorsque « La nuit est d’encre. Ils ont allumé un feu. Il n’y a que la nuit pleine d’étoiles, cette terre toute seule dans le ciel, toute bordée de ciel et, comme aux premiers temps du monde, un océan de bêtes autour de quelques hommes ». « On regarde le ciel. Moi, tout à l’heure, j’ai vu, là-haut au milieu de la nuit, un grand serpent d’étoiles ! Il suffit d’imaginer ».

La Rédactrice en chef

 

                                                                                                                            

 

Publié dans 380 - 1er Tri 2024

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