EDITORIAL de Christian GREGOIRE

Publié le par Le Syndicat des journalistes et écrivains

Pouvait-on prévoir le changement climatique ?

 

À l'instar de tous les problèmes que son gouvernement a à régler, et de toutes les situations de tension qui lui échappent, le Président de la République a fait étalage de toute sa légèreté  lorsqu'il a laissé entendre, lors ses vœux aux Français en janvier 2023, qu'on ne pouvait deviner « la crise climatique aux effets spectaculaires », alors qu'il évoquait le phénomène météo de l'été précédent.

Une interrogation bien inquiétante pour un chef d'état quand on sait le nombre de structures, publiques ou non, et d'équipes scientifiques évoluant au sein d'institut de recherches qui travaillent sur le sujet, et qui valident systématiquement leurs résultats par des rapports et des publications. Sans compter les informations récurrentes et les alertes portées notamment par le GIEC.

De trois choses l'une : ou toutes ces recherches et ces publications n'ont aucun intérêt, ce dont il est permis de douter ; ou bien ces productions n'atteignent pas les cibles qu'elles devraient, ce qui est dommage ; ou bien enfin notre président -mais comme beaucoup de dirigeants hélas sur la planète- n'a que faire en réalité de ces Cassandre du climat dont les prédictions rompent le bel équilibre libéral du monde. Pas question de stopper la course au produire-plus et au consommer-plus. Ce ne sont pas ces quelques prévisions alarmistes qui vont entraver le marché ! 
Alors peut-on parler de légèreté, d'incompétence, de méconnaissance ou d'une posture visant à faire semblant de prendre enfin la mesure du problème, d'en comprendre les données, après les avoir sciemment ignorées ? Tous les spécialistes de l'anthropocène, à savoir la période pendant laquelle l'homme exerce une influence sur l'écosystème de la planète, savent bien évidemment, que les « effets spectaculaires » de la crise climatiques ne se résument pas à la sécheresse  de l'été 2022. Cette période de l'anthropocène est généralement datée de la révolution industrielle, à la fin du XIXe siècle.  

C'est d'ailleurs avec l'industrialisation qu'apparaissent les premières prédictions concernant le réchauffement. Dans un article publié en 1896, le chimiste suédois Savnte Arrhenius arrive à la conclusion que si l'on doublait la quantité de CO2 dans l'atmosphère, la température mondiale augmenterait de 5 à 6 degrés. Juste avant lui, le physicien irlandais John Tyndall démontre le pouvoir réchauffant des gaz dans l'atmosphère. Ces résultats de recherche ne sont (déjà) guère pris au sérieux.
Au milieu du XXe siècle, de nouveaux travaux complètent ces connaissances notamment à partir des données des stations météo. Ils font apparaître la responsabilité du CO² provenant de l'industrie. À partir de 1970, les alertes sont nombreuses autour de la question climatique. Dès 1972, avec la Conférence de Stockholm, l'environnement devient une des grandes questions de l'ONU. La conscience du problème est telle qu'on crée le GIEC en 1988. Climatologues, écologues, économistes, médecins : quelque 2 500 experts de plus de 60 pays se regroupent pour mieux comprendre le changement global.

Depuis toutes les recherches mondiales, les communications, ou les conférences internationales convergent pour dire que que la crise climatique ne va pas venir, mais que nous sommes déjà dedans. Et depuis trente ans, les sciences humaines et sociales posent la question de l'adaptabilité de l'homme !
Le climat se réchauffe. Les activités humaines en sont à l'origine. C'est établi depuis trente ans et le premier rapport du GIEC qui écrit noir sur blanc que la déforestation et la consommation d'énergie fossile renforcent l'effet de serre et entraînent un réchauffement de la planète s'ajoutant aux variations naturelles. Déjà il annonce la sécheresse, les vagues de chaleur et les feux de forêts. Recommandant d'inverser la tendance afin de ne pas aggraver la situation.
Il faut donc être aveugle et sourd, pour ne pas dire totalement cynique, pour prétendre qu'on ne pouvait pas prédire. En réalité, aujourd'hui, c'est comme si le changement était inéluctable et les discussions ne portent que sur les rythmes, les phénomènes ou les origines. On est passé au climato-relativisme, considérant que le génie humain saura faire face avec des moyens techniques. C'est un discours qui évite de poser des questions sur l'organisation et le fonctionnement de l'économie au mépris de ce que montrent les études, à savoir un problème de ressources. On fait semblant d'agir a minima mais sans impacter le système qui carbure à pleines turbines. On pense qu'on s'en sortira. Cela permet de ne rien changer et de continuer à penser aujourd'hui avec le schéma mental d'il y a cinquante ans.     

Christian GREGOIRE

Publié dans N° 377 - 2e Tri 2023

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