CINEMA par Christian GREGOIRE
La fille du patron, d’Olivier Loustau
La jeune Alix est en mission en qualité d’ergothérapeute dans une usine textile de province en proie aux difficultés et proche de la rupture. Elle choisit parmi les salariés Vital, 40 ans, comme cobaye de ses différentes expériences. Lorsque les ouvriers découvrent qu’elle est la fille du patron, les positions changent. Malgré tout, Alix parvient à se fondre dans cette famille qui s’aime et se déchire tout autant, autour des valeurs de la solidarité, et son idylle avec Vital dépassera toutes les conventions. Une histoire sociale et sentimentale filmée et interprétée avec tendresse.
Je vous souhaite d’être follement aimée, d’Olivier Lecomte
Une coïncidence, appelons ça un hasard, met en présence une jeune femme née sous X et sa mère qui l’a abandonnée trente ans plus tôt. Le ton est juste sans sombrer dans le mélo, bien que les personnages aient beaucoup à se dire, à se cacher aussi, sans se perdre en justifications ou en inutiles justifications larmoyantes. Un joli film au plus près des corps qui tentent de s’apprivoiser.
Gaz de France, de Benoît Forgeard
Dans un futur proche, un groupe de travail réuni en cellule de crise dans un sous-sol de l’Elysée, tente de trouver un « storytelling » capable de sauver le Président. Une satire aussi caustique qu’étrange sur la politique vidée de son sens, la théorie de l’enfumage par une communication calibrée, une sorte de vision futuriste et originale sur l’incapacité réelle à rester subjectifs de ceux qui ont à prendre des décisions.
Préjudice, d’Antoine Cuypers
Un dîner de famille qui tourne au vinaigre: avec "Préjudice", son premier long métrage, le jeune réalisateur belge Antoine Cuypers propose une version personnelle du huis clos familial, avec Nathalie Baye magistrale en mère ambiguë et abusive. La thématique de la famille et de ses conflits a été le point de départ du scénario auquel se sont greffées, au fil de l'écriture, la marginalité et l'exclusion. Tout cela en creusant le milieu de la bourgeoisie cultivée, qui peut être pire que tout car les mots deviennent de vraies armes, créent de vraies blessures. Dans cette famille, Cédric, la trentaine, a toujours été traité différemment. Déficient mental, il vit encore chez ses parents, entre une mère qui le surprotège et un père taiseux, soumis à son épouse, que campe à merveille le chanteur belge Arno. Un repas de famille au cours duquel sa sœur annonce qu'elle attend un enfant le met en rage et lui donne l'occasion de dénoncer sa mise à l'écart, ce "préjudice", dont il se dit victime depuis toujours.
Cédric a un rêve: entreprendre un voyage en Autriche. Il l'a préparé dans ses moindres détails, étudié la géographie du pays, appris par cœur les horaires d'ouverture des offices de tourisme qu'il récite de façon névrotique. On découvre au passage ses capacités intellectuelles hors du commun. Son père est d'accord pour partir avec lui mais sa mère, elle, persiste à croire qu'il n'est pas prêt pour une telle aventure et s'oppose à son projet.
Souvent dérangeant, "Préjudice", maintient le spectateur sous tension de bout en bout, entre déni, paranoïa et faux-semblants.
Steve Jobs , de Danny Boyle
Ce film dresse un portrait en trois actes du créateur d'Apple, incarné par Michael Fassbender, que le réalisateur a filmé en trois formats différents pour chaque époque de sa vie.
Plus qu'un biopic, ce long métrage -le second sur Steve Jobs après "JOBS" est avant tout l'interprétation de la biographie autorisée de Walter Isaacson par le scénariste à succès Aaron Sorkin, lequel assume d’ailleurs la non-exhaustivité de son portrait et la présence d'éléments de fiction dans son histoire.
Les trois temps forts sont donc bien identifiés, autour de lancements de roduits emblématiques dans la vie du créateur décédé en octobre 2011 à 56 ans: le Macintosh en 1984, le premier ordinateur de sa société NeXT en 1988, après son éviction d'Apple, et l'iMac en 1998. A travers ces temps forts et en immergeant le spectateur dans un huis clos très bavard, on découvre les relations complexes entretenues par Steve Jobs avec sa fille aînée Lisa mais aussi avec ses collaborateurs. Ce portrait est en quelque sorte la dramatisation de plusieurs des conflits personnels que Steve Jobs a connus dans sa vie.
Chocolat, de Roschdy Zem
Dans le film historique, Omar Sy incarne le premier artiste noir de la scène française, un rôle ambitieux qui lui donne l'occasion de "sortir de l'étiquette" de comique "qu'on lui colle".
Le film raconte le destin oublié de Rafael Padilla alias Chocolat, ancien esclave affranchi arrivé de Cuba, qui a connu un énorme succès dans le Paris de la Belle Epoque. Il a formé avec le clown Footit (James Thierrée) le premier duo composé d'un Auguste et d'un clown blanc, avant de retomber dans l'anonymat.
Il y a certes une attirance vers la dimension comique du duo, mais derrière le travail clownesque, que les acteurs parviennent parfaitement à restituer, il y a tout autre chose. Si Chocolat est drôle dans ses numéros, le destin tragique de cet amuseur qui se rêve en comédien shakespearien, victime du racisme de son époque, entraîne aussi Omar Sy dans une dimension de jeu beaucoup plus grave. C’est un film émouvant sur un artiste qui essaie autre chose, de sortir de l'étiquette qu'on lui colle. Et que cela mène à sa perte…
Point Break, de Ericson Core
Depuis quelques temps, les marchés financiers sont fortement perturbés par des actions spectaculaires. En effet, des criminels, sous la direction du mystérieux Bodhi multiplient les braquages audacieux aux quatre coins du monde : interventions à moto en plein gratte-ciel new-yorkais ou lutte dans les airs, rien n’arrête ces hors-la-loi d’un genre nouveau. Sous cette forme de polar moderne, teinté d’idéalisme et d’esprit d’aventure, le film met en évidence le hiatus entre les financiers et le reste du monde, entre ceux qui craignent de tout perdre, et ceux qui n’ayant rien à perdre, cherchent à inverser le rapport de force, à travers des opérations spectaculaires qui se laissent voir.
Comme des lions, de Françoise Davisse (sortie en salle le 23 mars)
Présenté en ouverture festival Filmer le travail, "Comme des lions" plonge le spectateur au cœur d'un des conflits sociaux les plus emblématiques de ces dernières années, la lutte des ouvriers de l'usine PSA d'Aulnay contre sa fermeture.
Fondé en 1973, ce site a incarné durant de nombreuses années la réussite de l'automobile française et fut l'un des principaux employeurs de la région parisienne. En juillet 2011, la CGT révèle l'existence d'un document interne émanant de la direction qui prévoit un calendrier précis: diminution progressive de la production en 2012, annonce d'un plan social en 2013, fermeture de l'usine courant 2014.
Françoise Davisse, qui a déjà réalisé une dizaine de documentaires pour la télé, commence à tourner en novembre, pendant la campagne présidentielle. Son projet n'est pas financé -et ne le sera qu'à l'issue d'une campagne de financement participatif-, mais tant pis, elle se lance. Sa caméra va enregistrer 300 heures de rushes -compactées en 1h55- au long des deux ans et demi qu'a duré le conflit, de manifestations en piquets de grève, d'occupations symboliques (du siège de la fédération de la métallurgie UIMM, du Medef) en assemblées générales.
Il s’agit de filmer la grève, durant près de quatre mois, sans que ce soit seulement des entretiens ou du commentaire, mais qu'il y ait du dialogue, de la vie, et que les gens existent par eux-mêmes. Au-delà du combat particulier des "PSA", le film se veut également un "mode d'emploi d'une lutte", mettant en présence quatre forces: les ouvriers (et parmi eux, les grévistes et les non-grévistes), la direction, les médias et l'État.
Le caractère démocratique du mouvement est aussi bien mis en lumière. Chaque décision est soumise à un vote, à l'issue de discussions passionnantes à suivre pour le spectateur qui se voit alors plongé au centre du conflit, comme si lui-même était au milieu des ouvriers.
Sous la peau, de Nadia Jeandeau et Katia Scarton-Kim
Cinq sœurs se retrouvent dans la maison familiale pour fêter l’anniversaire de leur mère. Mais c’est alors qu’elles découvrent que l’aînée vient d’assassiner la vieille dame. Au-delà du choc provoqué par cette découverte, cet assassinat fait surtout ressurgir les souvenir, remonter d’anciennes rancœurs, et finit par abattre les non-dits.
Toto et ses sœurs, de Alexander Nanau
Un documentaire choc sur un petit Rom de dix ans, et ses deux sœurs à peine plus âgées qui tentent de vivre dans le chaos familial et social. Du cinéma vérité douloureux, mais illuminé aussi par le sourire de l’enfance et sa force de résilience.