THEATRE

Publié le par Le Syndicat des journalistes et écrivains

THEATRE

THEATRE

Un tango en bord de mer, de Philippe Besson – Mise en scène de Patrice Kerbrat

Cette pièce tendre et acide, par sa finesse d’écriture, a la vertu de rendre visibles les élans, les blessures et les joies d’un amour comme les autres, à travers l’histoire de deux hommes qui se sont aimés, se sont séparés et se retrouvent presque par hasard deux ans après. L’un est écrivain et ne laisse pas entrer l’aimé dans son univers de création. L’autre est plus jeune et se sent exclu. D’un plume sensible, Besson offre une pièce rigoureuse et émouvante.
Théâtre Montparnasse

Un avenir radieux, de Gérald Sibleyras - Mise en scène de José Paul

Sibleyras est vraiment un auteur qui joliment son époque et les mœurs de son temps. Ici, il s’attaque non seulement aux concours de télé-réalité façon Star Academy, mais aussi à la finance brutale et risque tout d’aujourd’hui. Ces deux mondes qu’apparemment tout oppose sont incarnés par deux quadras désabusés mais pleins de séduction : une secrétaire timide et solitaire qui attend que son fils gagne à la télé, et un trader don juan sur le point d’être arrêté par la police. De la tendresse, de la mélancolie, et du sourire pour ces personnages à la dérive qui ne savent plus à quel amour se raccrocher. Derrière quelques clichés transparaissent tout de même le charme et la délicatesse.
Théâtre de Paris

Les vœux du cœur, d’après Bill C.Davis – adaptation Dominique Hollier – Mise en scène d’Anne Bourgoin

Le dramaturge Bill C.Davis aime se colleter avec les sujets religieux. On se souvent de l’Affrontement (entre deux prêtres de différentes générations) ; il récidive ici en interrogeant la position de l’Eglise à la fois sur le mariage des homosexuels et sur le célibat des prêtres. Sujet pas facile, souvent proche de la caricature, mais si bien incarné par quatre comédiens émouvants et subtils que le finit par intriguer et par toucher.
Théâtre La Bruyère

Noire, de Christian Hahn, mise en scène de l’auteur

Poppy est noire et vent des perruques ethniques. La vie ne l’a pas arrangée. Sa mère se meurt dans la pièce à côté. Depuis l’enfance elle se pose des questions sur sa couleur. Au début, elle se sentait blanche, en tout cas plus claire que six frères et sœurs. Peu à peu, le regard des autres l’a renvoyée à sa différence et fait explorer sa noirceur, d’Aimé Césaire à Barack Obama en passant Par Joseéphine Baker. .. Jusqu’à nos lointains aïeux, notre vieille mère Lucy entre autres. Du coup, le spectacle s’achève en une danse tribale où Poppy retrouve et assume toutes les énergies, tous les mystères, tous les démons de sa culture « noire de souche », comme elle dit. Ce texte interrogatif et souvent drôle, aide à changer notre regard sur tous les préjugés.
Manufacture des Abbesses

Pédagogies de l’échec, de Pierre Notte – mise en scène Alain Timar

Pour dénoncer les rapports dominant/dominé qui lient une femme cadre supérieure à son jeune assistant, voici les deux protagonistes juchés sur un plateau branlant, au dernier étage d’un immeuble dont le reste s’est effondré. Le monde sous leurs pieds a disparu –guerre ou tremblement de terre, on ne sait comment – mais pas la hiérarchie qui les range chacun dans une case. L’affrontement est au cordeau : obsession du travail coûte que coûte pour la chef, et soumission aimable du subordonné. Dans ce miroir noir des rapports formels dans les grosses boîtes où le sens du travail s’est perdu, les deux personnages finissent en équilibre sur un plateau de plus en plus aigu…. Annonçant peut-être la chute d’une société ou d’un monde.
Le Vingtième Théâtre

Je ne veux pas mourir idiot, de Georges Wolinski- mise en scène Claude Confortes

Affectueux hommage à Wolinski que la reprise de cette pochade soixante-huitarde sur la liberté d’être et de penser. Rebelle à la diable, iconoclaste avec humanisme, cette suite de sketchs corrosifs, est reprise telle qu’en 1968 avec la même mise en scène bon enfant et naïve de Confortès. Et des acteurs irrésistibles. On ne sait s’il faut rire ou s’émouvoir de tant d’insolence perdue, oubliée, et reconnaissons le, qui n’est hélas plus trop à la mode.
Théatre Dejazet

887, de Robert Lepape – mise en scène de l’auteur

Le grand créateur de sagas scéniques québécois aime aussi les monologues, où il évoque ses obsessions, ses tentations, son passé. Mais avec le goût de se relier au monde, à l’art. Ici, à l’histoire du Québec où il a grandi dans les années 60 tourmentées par les revendications autonomistes. Elles ont construit ce fils de la classe moyenne francophone pauvre et pleine d’enfants, dont le père chauffeur de taxi était plutôt un taiseux. Le 887 était le numéro de l’immeuble où vécut la famille. On en voit la façade qui s’anime sous les lumières etles transformations scéniques, pendant que Lepape déclame un long poème politique. Le conteur est aussi magicien. Dans cette pièce, les époques se mêlent, la petite et la grande histoire. Cet athlète de la mémoire propose de décrypter le temps dans un voyage tendre, mélancolique et bouleversant.
Théâtre de la Ville

Cyrano de Bergerac (version revisitée pour la jeunesse) d’après l’œuvre d’Edmond Rostand – mise en scène Jean-Philippe Daguerre

Si la scène introductive est déjà un régal de théâtre, avec des comédiens qui envahissent la salle et un Cyrano qui se régale de la célèbre tirade du nez, la suite de la comédie héroïque et romantique de Rostand séduit tout autant. Cyrano a du panache, son personnage est tout en énergie ; amoureux blessé, au verbe percutant et à l’intelligence acérée, il rend dans une ambiance musicale originale, toute la saveur de ce magnifique texte du répertoire.
Théâtre du Ranelagh

Publié dans N° 347 - 4e tri 2015

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