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LES ROYAUMES DE BOREE, de Jean Raspail, Editions Albin Michel
Imaginez une frontière aux confins septentrionaux de l'Europe. Elle court au nord et à l'est sur quelque quatre cent soixante dix lieues, traversée d'interminables forêts, des plaines spongieuses semées de lacs couleur de plomb. Elle enjambe des marécages et des rivières torrentueuses roulant vers des destinations incertaines. Au-delà s'étend la Borée, une contrée dont on ne sait rien sinon qu'elle est le royaume d'un petit homme couleur d'écorce qui manie l'arc et le javelot mais que nul n'a jamais approché. Qui est-il ? Quel est son nom ? Quelle est sa destinée sur terre ?
Aux héros de cette histoire, il aura fallu, du XVIIe à nos jours, plus de trois siècles d'aventures, de batailles, d'assauts, de poursuites et de rêves, pour atteindre les mystérieuses réponses à ces questions qui ne l'étaient pas moins. Leur quête a été la mienne. Elle a donné un sens à nos vies, mais c'est du petit homme au javelot, survivant d'un monde révolu, que surgira l'ultime lumière, juste avant qu'elle ne s'éteigne...
Prenez un royaume imaginaire, aux confins septentrionaux de l'Europe. Prenez une frontière, qui n'existe que par un vague tracé sur une carte, elle-même très approximative. Prenez une immensité inconnue, faite de forêts, de rivières et de lacs. Prenez enfin, un mystère, dont le fil ténu se transmet seulement dans les mémoires pour qui veut y croire sans avoir vu, et vous aurez ce livre magnifique qui vous emmène aux frontières de notre monde. Que cherchaient les hommes qui se sont aventurés là-bas, aux confins de toute terre, au-delà de la fin de la route, là où tout le monde s'arrête et tourne le dos à cet inconnu ?
Des énigmes auxquelles seules les dernières pages du livre, vous apporteront une réponse bien loin de toutes certitudes.
L'histoire du petit homme se répandit parmi les éclaireurs de la compagnie. Bientôt on ne compta plus ceux qui prétendaient l'avoir vu. L'un d'eux alla même jusqu'à affirmer que l'apparition tenait un arc à la main et portait un carquois ficelé à son dos. Puis la mode du petit homme au carquois passa et devint un sujet de plaisanterie, mais au fond de chacun l'espérance de se retrouver face à face avec lui persista.
Les Groenlandais ont débarqué. Ils ont échoué leur bateau sur la grève. Ils ont dû abandonner tous leurs morts là-bas. Les survivants sont une poignée. Ils trébuchent dans l'éclatement des vagues...
Les langues des tribus du Nord sont cousines ou au moins cousines des cousines. En voilà à peu près la traduction : « Que le dieu des petits hommes protège les hommes du petit dieu... » M. le cadet n'avait pas compris l'avertissement du bâton-loup.
Il en ressortait que l'ethnologue soviétique Iaroslav Nicolaïevitch Ignatiev, qui avait consacré sa vie à l'étude des tambours chamaniques, en attribuait l'origine aux Scythes, après quoi il établissait que l'instrument s'était répandu sur tout le pourtour de la Sibérie. Il avait écrit des centaines de pages sur le sujet. Le document en français n'en représentait qu'un dense résumé, articulé en courts chapitres : « Rythmes de danses et de chants sacrés », « Accessoires divinatoires », « Magie du bruit », « Faculté d'effrayer », « Veillée de chasse », « Invocation aux esprits », « Rites mortuaires et guerriers », « Dispositions thérapeutiques », « Signal sonore », « Recours climatique », etc. Suivait une nomenclature détaillée région par région, avec description des poignées de tambours et des ornements de la caisse qui variaient pour chaque tribu... Quand le petit homme se sentait menacé, ou qu'un étranger pénétrait dans ses territoires, il plantait un bâton-loup, ou encore un bâton-harfang, en prononçant les mots que je vous ai appris. C'était un avertissement. Chamanisme, légendes, mythes, imagerie guerrière, magie, illustrent ce roman atypique et universel. Un chef-d'oeuvre.
J.-P. C
LE CAMP DES SAINTS, de Jean Raspail, Editions Robert Laffont
Quelle vision de l'avenir dans ce livre de 1973 ! Comment était-il possible de « deviner » (sans être un mystique) ce que serait l'évolution de notre société pendant les 30 dernières années ? Cela fait froid dans le dos de constater la pertinence de ce qui ne pouvait être qu'hypothèses pour un roman. Depuis trente ans les faits se conforment au roman !!! Il faudrait pourtant échapper à l'épilogue ! Sans doute faut il faire un effort d'ouverture d'esprit pour accepter un début qui nous bouscule, nous fait même peur en nous obligeant à admettre les turpitudes de ce qui voudrait être bons sentiments et qui ne se révèle que faiblesse, renoncement, fuite éperdue. Et cela, tout simplement par refus de voir avec courage la difficile mais forte réalité. A lire en une nuit. Le Camp des Saints est un ouvrage qui modifiera votre perception du monde. Il nous rappelle que l'histoire est tragique.
Et pourtant, tout est déjà là. Ce livre plutôt bien ficelé doit être lu dès que possible et conservé ; il est fort probable qu'il soit un jour interdit ; tant il va à l'encontre du prêt à penser officiel.
Le thème du Camp des Saints est d'une extrême simplicité. Il peut se résumer en une vingtaine de lignes :
Dans la nuit, sur nos côtes, au Midi de notre pays, cent navires à bout de souffle se sont échoués, chargés d'un million d'émigrants De pauvres gens traqués par la misère, des familles entières avec femmes et enfants, nuées venues du sud de notre monde, attirées par la Terre promise. Ils espèrent. Ils inspirent une immense pitié. Ils sont faibles. Ils sont désarmés. Ils ont la puissance du nombre. Ils sont l'objet de notre remords et de l'angélisme mou de nos consciences. Ils sont l'Autre, c'est-à-dire multitude, l'avant-garde de la multitude. Et maintenant qu'ils sont là, va-t-on les recevoir chez nous, en France, « Terre d'asile et d'accueil », au risque d'encourager le départ d'autres flottes de malheureux qui, là-bas, se préparent ? C'est l'Occident, en son entier, qui se découvre menacé. Menacé de submersion. Alors que faire ?
Les glorieux qui nous dirigent, bousculés il est vrai par le fait accompli d'une immigration incontrôlée et définitivement établie, ont décidé un beau jour que la République française serait désormais, et à titre officiel, métissée et multiethnique. Personne n'aura jamais été prévenu, et encore moins consulté, sur ce soudain changement identitaire, ce qui n'est tout de même pas anodin.
Aux derniers chapitres du Camp des Saints, la « peur ancestrale » fait des ravages. Ce n'est plus l'exode de 40, c'est pire, car on ne s'est pas amélioré depuis, tout au moins dans le roman. Or que voit-on aujourd'hui ? La peur se définit autrement. On peut l'appeler rejet, ou refus, du « vivre ensemble ». Ce n'est pas un exode de masse, ce n'est pas encore une fuite, c'est seulement une retraite en bon ordre, un repli à la fois délibérée et instinctif, mais le résultat est identique : le Français de souche s'en va voir ailleurs, là ou l'Autre n'est pas. D'un coup d'œil très sûr, il a évalué le degré d'imprégnation au-delà duquel il ne pourra plus ou ne voudra plus le supporter. Il prépare son départ autant qu'il le peut, et quand il sent le moment venu, avant qu'il soit trop tard, il déménage avec toute sa famille. C'est ainsi que l'on assiste, en de nombreux points du territoire urbain, à de véritables transferts, ou transvasements, de population.
Paru pour la première fois en 1973, Le Camp des Saints, qui est un roman, relève en 2015 de la réalité. Nous sommes, tous, les acteurs du Camp des Saints. C'est notre destin que ce livre raconte, notre inconscience et notre acquiescement à ce qui va nous dissoudre.
J.-P. C.