D.B. A VU POUR VOUS

Publié le par Le Syndicat des journalistes et écrivains

D.B. A VU POUR VOUS

Snow Therapy

Ruben Östlund

Sortie le 28 janvier 2015

SYNOPSIS

Véritable famille modèle, Tomas, Ebba et leurs deux enfants passent des vacances d’hiver de rêve dans les Alpes. Jusqu’à ce qu’un déjeuner ensoleillé vienne tout bouleverser...
Installés à la terrasse d’un restaurant d’altitude, ils sont témoins d’une avalanche qui provoque un mouvement de panique générale.
Alors qu’Ebba appelle son mari à l’aide tout en essayant de protéger leurs enfants, Tomas, lui, a déjà pris la fuite, ne pensant qu’à sauver sa propre vie et son téléphone portable…
Mais plus de peur que de mal ! L’avalanche a épargné le restaurant. Pourtant, l’attitude pleine de lâcheté de Tomas ébranle instantanément sa place au sein de la famille.
Au coeur du tumulte qui secoue son couple et fragilise leurs enfants, Tomas tente alors désespérément, et souvent maladroitement, de rétablir son image de héros de la famille.
Snow Therapy est une comédie grinçante sur le rôle de l’homme au sein de
la famille moderne.

Il n’y pas à dire... ça jette un froid !
Quand « l’Homme » de la famille se montre faible, voire « un peu lâche »... ça fait désordre, dans le monde stéréotypé dans lequel nous vivons.
Et quoi ? un homme ne pourrait-il pas avoir un moment de faiblesse ? Cela veut-il dire qu’il n’aime pas sa famille ? Ce serait trop simpleet pour nous permettre « de ne pas juger » voici une fable bien racontée, pleine d’énergie et de sentiments. Je ne dis pas bons sentiments car les sentiments ici sont partagés.
Tantôt l’amour, tantôt la haine, voire le dégoût. puis la compréhension. Puis à nouveau l’amour...

Qui ne s’est jamais posé la question. « Qu’est-ce que j’aurais fait à sa place ? »
Elle est ici magistralement bien posée et la réponse, même si elle nous échoie, nous est sensiblement soufflée... Personne n’est parfait. Et devant un risque de mort imminente, en fait, bien rare sont les héros.
Jamais l’auteur ne juge. Il ne prend pas parti. Il se contente de montrer les faits et de livrer les interprétations qu’en ont fait ses personnages. J’adore la manière dont à la fin (je ne vous révèlerai pas comment, il faudra aller voir...) Ruben Östlund, « remet les pendules à l’heure ». Et fait s’interroger l’ensemble des personnages, et les spectateurs aussi à vrai dire, dans une scène qui fait mouche.

La mise en scène est vive et énergique globalement, avec juste les temps de pause nécessaire. Le conflit qui couve au sein de ce couple est traité avec un humour un peu corrosif, mais on sent une réelle tendresse de l’auteur à l’égard de ses protagonistes, qui se débattent avec leur conscience. C’est vraiment bien fait. Les décors superbes, servent magnifiquement l’atmosphère. Les lignes à l’intérieur, la Nature à l’extérieur. Tout est parfaitement utilisé dans le contexte. La photo est excellente et l’ensemble complètement maîtrisé. Un très beau travail, tant au plan technique qu’humain. Les acteurs endossent chacun leur rôle avec conviction et réalisme. Au point qu’on s’identifie parfaitement... à chacun d’eux. Et qu’on veut bien admettre qu’en dépit de "nos bonnes manières" et de ce qui soit disant fonde une civilisation, le "chacun pour soi" reste une règle plus forte que toutes les autres... sans encore une fois qu’on ait la moindre envie de juger.

Le récit est ponctué par des instants forts, de prise de conscience, d’efforts mutuels, de scènes touchantes et drôles. On ne s’ennuie pas un instant, et si on n’en ressort pas grandi, en se disant qu’après tout, l’homme est tout petit face à la mort (et que le courage est bien relatif), comme pour s’excuser d’être potentiellement comme ce « non-héros » , on sort de cette "semaine de ski" aussi moulu que d’une vraie. L’humour est grinçant, le discours pourrait en gêner quelques uns, c’est humain. C’est divertissant et ça fait réfléchir. C’est intelligent et ça fait parcourir un petit frisson le long de la conscience. Des vacances studieuses et profitables.

Brillant. A voir.

Felix & Meira

Maxime Giroux

Sortie le 4 février 2015

SYNOPSIS

Tout oppose Félix et Meira. Lui mène une vie sans responsabilité ni attache. Son seul souci, dilapider l’héritage familial. Elle est une jeune femme juive hassidique, mariée et mère d’un enfant, s’ennuyant dans sa communauté. Rien ne les destinait à se rencontrer, encore moins à tomber amoureux.

Félix est un hurluberlu francophone sans le sou, dont le père fortuné est mourant. Meira, juive hassidique mariée et mère d’un enfant, à la recherche de nouveauté. Ils s’amourachent l’un de l’autre. Félix et Meira est l’histoire d’un amour impossible entre deux êtres à part qui veulent s’abreuver de ce qu’ils ne connaissent pas, deux êtres issus de deux communautés distinctes, fermées et ouvertes à leurs façons, deux communautés qui entreront en conflit et qui tenteront de s’apprivoiser.explique Maxime Giroux qui s’est inspiré de son expérience personnelle d’habitant du Mile End. Un quartier multiethnique de Montréal dans lequel il a emménagé, alors qu’il avait à peine trente ans, lors de la préparation du tournage de son premier long métrage. Fasciné par la communauté Hassidique, il en est venu à faire des recherches et à réaliser Felix & Meira

C’est un film à la fois très tendre et très intelligent que j’ai vu là. Qui tombe à point nommé en ces temps troublés, pour nous faire comprendre ce que signifie ‘appartenir à une communauté ». En choisissant l’une des plus rigoureuses, l’auteur fait mouche. Et pose la question du choix. De ses croyances et de la manière dont on veut (ou peut) les vivre. A la lueur des derniers évènements en France, et ailleurs, c’est un excellent outil de réflexion.
C’est aussi un film remarquablement interprété et mis en scène.
Les comédiens sont convaincants et très touchants, dans chacun des rôles.
On se demande finalement, qui de Meira ou de son mari est le plus enfermé. Elle, au moins, va oser...
L’histoire est racontée simplement, sans fioriture, sans exagération. Le ton est juste. Personne n’est jugé, ni ne juge... C’est comme ça. Les personnages sont face à leurs responsabilités. Et si un temps de violence dérisoire est compréhensible dans la réaction de l’époux bafoué, il est vite contrebalancé par l’intelligence que mettent les protagonistes à s’entendre... au nom de l’amour. Qui ici finit par prévaloir.
Mais pas sans mal. Pas sans "dommage collatéral"... Personne n’a raison ou tort dans l’affaire... chacun doit suivre sa route et admettre son destin. Un petit côté fataliste, qui n’a rien de triste. Au contraire. La réflexion se fait tout en finesse et avec élégance. Pas toujours besoin de sang et d’explosion pour faire comprendre l’extrémisme... L’orthodoxie, qui confine au sectaire est une illustration tout aussi efficace, même si la violence est plus intime et les larmes cachées.

J’ai particulièrement apprécié l’aspect universel du débat, traduit par la question de Meira à la fin : "Où est-ce qu’on va aller ?" Car après avoir quitté le Canada et New York, et ses quartiers Hassidiques et fait escale à Venise, ce couple qui ne veut appartenir à nul autre que lui-même, est confronté à la difficulté d’être accepté, dans un pays qui l’accepte tel quel, dans sa différence et sa diversité.
On lui aurait bien conseillé la France jusqu’à maintenant... et peut être plus encore aujourd’hui.

Excellent.

Papa ou maman

Martin Bourboulon

Sortie le 4 février 2015

SYNOPSIS

Florence et Vincent Leroy ont tout réussi. Leurs métiers, leur mariage, leurs enfants. Et aujourd’hui, c’est leur divorce qu’ils veulent réussir. Mais quand ils reçoivent simultanément la promotion dont ils ont toujours rêvée, leur vie de couple vire au cauchemar. Dès lors, plus de quartier, les ex-époux modèles se déclarent la guerre : et ils vont tout faire pour ne PAS avoir la garde des enfants..

Le sujet est grave à faire pleurer, traité avec un humour « gaguesque » à faire pleurer de rire. Evidemment, sur le fond, l’histoire est "un peu" triste... des parents égoïstes qui font passer leur carrière et leur bon plaisir avant le bien être de leurs enfants... c’est si inconvenant et pas si rare au fond. Même si dans la vraie vie c’est un peu plus hypocrite. Et qu’il est de bon ton de se battre pour avoir la garde, voilà qu’ici... c’est le contraire ??? Là, on est dans le grand n’importe quoi quant aux moyens utilisés par ces deux "fous furieux", tellement toqués et inventifs pour se faire détester de leur progéniture, qu’on touche au génie.

C’est hilarant. Les comédiens s’en donnent à coeur joie dans les scènes les plus caricaturales et les auteurs n’y sont pas allés de main morte ! La réalisation est à la hauteur du défi, enlevée et touchante à la fois. Car si Marina Foïs et Laurent Laffite excellent dans l’absurde, ils savent aussi échanger, ou poser à l’insu de son partenaire, des regards pleins de sens, esquisser des sourires tristes qui redonnent un peu de réalité à cet espèce de "cartoon foutraque" où sont compilées toutes les horreurs fantasmées par des époux cassés, en plein divorce, qui vont de la plus petite exaspération à l’envie de meurtre...

C’est caustique pourrait-on dire au minimum. C’est jouissif dans les moments de pure folie, qui réconcilie la comédie et le drame dans un spectaculaire feu d’artifices de gags et de tendresse. On n’oubliera pas de féliciter les jeunes comédiens qui entourent le couple de monstres sacrés qui tient le film de bout en bout. Leurs « petites bouilles » tour à tour indifférentes, interloquées, déconfites, rythment les sentiments qu’on peut éprouver à la vision de ce cauchemar amoureux.

Car ce couple si parfait du début qui se déchire, le fait pour de mauvaises raisons semble-t-il... et trouve en fait ici une manière bien peu élégante de briser l’ennui.
Mais tellement drôle ! Quelle bonne idée d’avoir pris le contre-pied de ce qui est politiquement correct, à savoir se battre pour la garde de ses enfants. Et de montrer tout de même à quel point ce genre de conflit peut être effroyable, en forçant le trait "à l’envers".
Pour son premier long métrage, Martin Bourboulon a fait le bon choix en s’accoquinant avec Alexandre De La Patellière et Matthieu Delaporte (Le Prénom, Un illustre inconnu), devenus des valeurs très sûres !

Récompensé par le prix du public, à juste titre, au Festival de Comédie de l’Alpe d’Huez, ce film dépoussière férocement la comédie romantique.

Très réussi.

Frank Lenny Abrahamson

Sortie le 4 février 2015

SYNOPSIS

Jeune musicien rêvant d’être une rock star, Jon croise le chemin d’un groupe de pop avant-gardiste à la recherche d’un nouveau clavier. Il devient vite le protégé de Frank, leur leader, aussi fascinant que mystérieux : ce génie musical vit dissimulé en permanence sous une grande tête en papier mâché. Entre phases de doute et éclats de créativité, rapports fusionnels et crises de confiance, l’enregistrement du premier album du groupe et les concerts les conduiront dans une véritable aventure humaine de l’Irlande jusqu’au Texas !

Le film est une performance, à l’instar du numéro de Frank et ses comparses, qui traversent le monde comme une comète pour jouer sur des scènes improbables et se posent en vrac dans la nature, au fond des bois pour composer.
Iconoclaste et quelque peu difficile à suivre, le parcours de ce groupe de musiciens pour le moins « "avant-gardiste » et extraordinairement loufoque, a quelque chose du voyage initiatique pour le jeune Jon, qui découvre « la différence » de manière à la fois poétique et « lippante ». Immergé dans le monde rêvé de cette troupe à l’étrange talent, sublimé par des décors et une photo soignés, le spectateur suit les pérégrinations de tout ce joli monde avec circonspection et une pointe de fascination. Si la performance de Fassbender a été à juste titre amplement saluée, il faut aussi souligner la qualité d’interprétation de tous les acteurs, investis à fond dans leurs personnages respectifs, ce qui n’a pas dû être facile...

Quitte à faire dans le déjanté, autant faire vrai. Sans être un biopic, le scénario de Frank est inspiré de la vie de Frank Sidebottom, personnage créé par le chanteur et musicien britannique Chris Sievey, du groupe Sonorfbps. Il se cachait derrière une énorme tête en papier mâché pour mieux préserver sa vie privée. Une attitude pas si unique : « Les Residents mettent un point d’honneur à n’apparaître qu’avec le visage recouvert par des faux globes oculaires géants, les Daft Punk sont casqués... » fait remarquer Alex Masson, en interviewant le réalisateur, qui assume le côté décalé.

« C’est très clairement une fable. » explique Lenny Abrahamsonn « Frank en reprend les bases : une personne qui a une vie ordinaire transformée par un élement extérieur qui va révéler sa nature profonde. Jon - mais dans une certaine mesure, Frank aussi, a clairement le désir de vivre quelque chose d’excitant, de plus authentique. Le scénario lui offrait très volontairement cette opportunité et embarque clairement le spectateur dans son expérience. C’est pour cela que certains points restent inexpliqués ou ouverts : pour rester dans le principe d’une fable. »

Un voyage étonnant, s’il en est.
Original.

Kingsman : Services secrets

Matthew Vaughn

Sortie le 18 février 2015

SYNOPSIS

KINGSMAN, l’élite du renseignement britannique en costumes trois pièces, est à la recherche de sang neuf. Pour recruter leur nouvel agent secret, elle doit faire subir un entrainement de haut vol à de jeunes privilégiés aspirant au job rêvé. L’un d’eux semble être le candidat « imparfaitement idéal » : un jeune homme impertinent de la banlieue londonienne nommé Eggsy. Ces super-espions parviendront-ils à contrer la terrible menace que fait peser sur le monde l’esprit torturé du criminel Richmond Valentine, génie de la technologie ?


Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs-
Certes c’est un peu violent, un « poil sanglanté. C’est de la bombe ! Du total divertissement ! Un pastiche assumé des James Bond, qui n’humilie en rien 007. Au contraire, le film se rie des conventions du genre tout en lui empruntant ses codes, dans un vrai respect de l’atmosphère. A bien y réfléchir, le célèbre « agent 00 de sa Majesté » a eu à affronter des vilains bien plus bizarres que celui-ci. Qui, s’élevant presque en sauveur de la planète veut tout de même devenir maître du monde.
On est à fond dans le thème ! Les images et les effets spéciaux n’ont rien à envier aux meilleurs productions du genre. Et si l’on ne peut s’empêcher de comparer, ça n’est que parce que l’hommage est évident. Génial et révérant.
Le scénario est intelligent et les rebondissements bien trouvés. Le jeu est subtil. Les comédiens se donnent à fond. Dans tous les camps !
Quand l’espionnage cherche un nouveau souffle en allant recruter ses nouveaux héros dans la génération montante, c’est un vrai coup de jeune.

On ne veut pas trop en dire pour laisser le public profiter au maximum et découvrir tous les « revers » de ce « fabuleux costard »" taillé à l’une des plus anciennes franchises du cinéma d’espionnage. Bien caché derrière la vitrine d’un pseudo tailleur, qui devrait, ma foi, sans souci, devenir riche.
La technique est irréprochable, toutes les équipes à l’évidence très investies. Un film parfaitement réalisé qui tient sur un socle narratif en béton, servi par des techniciens et des interprètes convaincus.

Voilà du bon cinéma ! Excellent !
Allez-y vous passerez un bon moment.

Birdman

Alejandro González Iñárritu

Sortie le 25 février 2015

SYNOPSIS

L’acteur Riggan Thomson, has been connu pour avoir incarné un célèbre super-héros, monte une pièce à Broadway autour de son propre personnage dans l’espoir de renouer avec sa gloire passée. Pour ce faire, il est soutenu par sa fille, fraîchement sortie d’une cure de désintoxication qui devient son assistante, par une actrice et un producteur farfelu.

Difficile de dire si on a affaire à un film fantastique ou à une fable philosophique, le film est inclassable. L’atmosphère est étrange, voire dérangeante. Inconfortable. Le protagoniste, égaré dans son mal-être garde les stigmates d’un succès éphémère et se complait dans une sorte de quête rédemptrice envers sa famille et son public qui le tord, le brûle, le consume. Un personnage un brin pathétique, détaché de la réalité, confronté à une toute terre à terre envie de revenir au devant de la scène.
C’est à la fois poétique et affreusement complexe. Imbriquant le théâtre dans le cinéma, la quête de sens dans la réussite matérielle.

Un film épour intellosé me direz-vous, que nenni... même si on navigue dans l’univers du théâtre underground et de la performance.
Un drôle de film. Parfois comique, parfois sensible. Qui s’appuie sur une interprétation sans faille et une mise en scène extraordinaire. Rien d’étonnant quand on sait qu’Iñárritu fait toujours dans l’original.
En course pour les Oscars, le film a toutes les qualités requises pour obtenir la si précieuse statuette. Et tout, pour séduire un large public.
Envoûtant.
Unique.

Publié dans N° 341

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :