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Madame EMMA BOVARY
La meilleure façon de découvrir ou de redécouvrir, Gustave Flaubert 1821/1880 .Madame BOVARY, inspiré d’un fait divers normand. Ce délicieux roman publié en 1856, véritable petit bijou de sensualité. Vous allez me dire et ce pauvre Charles…Je pense pour ma part, que si Flaubert avait vécu à notre époque, il aurait fait de Charles un adepte du candaulisme. Mais cela reste une idée toute subjective .La vie de la pauvre enfant, Berthe et le destin d’EMMA, nous laisse un goût amer, comme un enfant abandonné le soir de Noël. Mais il faut bien le dire, Flaubert nous offre dans ce livre des pages d’une poésie érotique remarquable. Et quelle santé ce Rodolphe et ce Léon…Devant la médiocrité de notre société de consommation à outrance, de bêtise et de violence gratuite, je suis de plus en plus mélancolique d’une époque romanesque, j’aime l’imaginaire et le mystérieux, donc je suis certainement atteint de Bovarysme. Je vous recommande de lire ou de relire Flaubert.
FOUCHÉ (1759-182O) de STEFAN ZWEIG, Les Cahier Rouges Grasse.
Ce Fouché, l’inventeur de la Police moderne, se lit comme un roman, et c’est à cela qu’on reconnait le talent d’un grand écrivain, cette plume remarquable que fut Zweig. Joseph Fouché a servi et manipulé la République, le Directoire, le Consulat, l’Empire, la Monarchie…Acharné à travailler dans l’ombre, contrôlant le moindre de ses nerfs, psychologue sagace et cruel. L’homme qui a vaincu psychologiquement un Napoléon et un Robespierre ! Dont Balzac a dit qu’il a possédé plus de puissance sur les hommes que Napoléon lui-même. Fouché n’aime pas se montrer, il domine chaque nerf de sa figure, même dans la passion, jamais on ne perçoit un signe de colère, il parle tranquillement. Pendant dix ans de la vingtième à la trentième année, il a partagé la vie monacale des religieux de l’ordre des Oratoriens, de là il a appris l’incomparable discipline de la domination de soi. A cela s’ajoute, chez Fouché une discipline de fer, presque spartiate. En outre cet homme tenace a une puissance de travail exceptionnelle. Doté d’un sang froid inébranlable. Ministre de la Police il contrôle les autres ministres, les généraux…Ses filets s’étendent à tous les emplois et à toutes les charges, dans ses mains convergent toutes les nouvelles, ce maître a couvert tout le pays d’espions, d’agents secrets et de mouchards. Lorsque Napoléon, à onze heures du soir, enveloppé d’un manteau étrange, complètement déguisé, sort par une porte secrète des Tuileries pour se rendre chez une maîtresse, Fouché sait le lendemain où la voiture est allée, combien de temps l’empereur est resté dans la maison, quand il est rentré…Nous apprenons bien des choses dans ce livre sur Fouché, entre autres qu’il fut un époux attentif et un père consciencieux. Fouché seul s’est élevé, grâce à sa patience tenace, travaillant dans l’obscurité et manœuvrant souterrainement. Chose étrange, on peut indiquer nettement le jour et l’heure où naquit la première méfiance de Bonaparte envers Fouché. Vous le saurez en lisant ce bijou de littérature…
Philippe BARBIER
OLGA KACSMAROK OU LA PUTAIN QUI S’IGNORAIT par Bruno Meurin
Les Editions du Net - 22, rue Edouard Nieuport 92150 Suresnes
C’est un combat que Bruno Meurin narre dans ce roman autobiographique où des états d’âme
contradictoires se télescopent : l’auteur, le principal acteur, qui se bat contre lui-même, homme bafoué, engagé dans une relation duelle avec une femme sans scrupules guidée par un seul intérêt sordide, l’argent.
L’amour sincère de l’auteur, face à la comédie d’amour de sa partenaire, va le précipiter dans le gouffre : perte de repères familiaux, perte de travail, perte de logement. Englué dans des situations sordides, l’auteur mettra trop de temps à déjouer les supercheries d’une femme sans foi ni loi. Ce roman démontre comment l’emprise d’un être humain sur un autre peut être parfois déstructeur.
Le lecteur souffre tout autant que l’auteur, mais le salut arrivera grâce à une amie à la belle âme, afin qu’ils continuent à porter la beauté de la vie.
CREDIT POUR L'ENFER par Yvan Kermadec, éditions Koleano, 2013, 293 p, 18 euros
Crédit pour l’Enfer : dix-neuf ans de confrontation entre un homme, l’auteur Yvan Kermadec, et une institution bancaire synonyme d’impunité.
De manière obsessionnelle, l’hydre financière hante l’individu et marque cette période du sceau de la meurtrissure.
Ce roman est avant tout le témoignage de la ténacité d’un homme. Si le mal est légion, Yvan Kermadec puisera lui aussi ses ressources dans l’éclectisme ! Une femme, Hélène ; les hauts et les bas d’une relation riche. Mais aussi ce formidable élan qui emporte l’homme à aller s’abreuver à la source de l’art lorsque celle de ses espoirs face au géant financier commence à se tarir…
Une lutte quotidienne contre un mal de vivre qui s’installe. Yvan Kermadec écrit, certainement.
Seulement, au gré des rebondissements juridiques, selon les aléas des décisions administratives, entre les rendez-vous chez son avocat et cette effroyable attente faussement réconfortante, l’homme exerce l’activité du comédien. La figuration, le cinéma, les plateaux de tournage : une vraie compensation par la reconnaissance de son talent d’acteur. Yvan Kermadec se réalise en jouant, autant qu’il est authentique face à l’administration financière qui le broie année après année. Yvan résiste, son besoin salvateur de clarté est un remède qui fonctionne !
Dans cet ouvrage clair, les évènements et les obstacles s’enchainent chronologiquement. De 1991 à 2009. Une narration à l’instar de celle d’un curriculum vitae bien rempli, celui d’un gladiateur moderne dans les arènes de la finance.
Crédit pour l’Enfer est un roman d’où se dégage une pugnacité de chaque instant, menée au service d’une cause juste. Car si l’enfer est pavé de bonnes intentions, les lobbies, les coulisses des banques et des prêts, les arcanes d’un pouvoir partial et d’une justice arbitraire sont autant de têtes que l’hydre de l’endettement possède. Le combat qu’a mené Yvan Kermadec contre cette administration au raisonnement anéantissant et absurde, contre ces promesses non tenues et ces faux espoirs donnés à bon compte, est certainement la croisade moderne que poursuivront dorénavant un pourcentage croissant de citoyens attachés aux valeurs transparentes d’antan.
Et, si ce qui ne tue pas nous rend plus fort. Yvan Kermadec nous signe ici, avec brio, le crédit d’un formidable exemple : celui de la foi en soi-même !
Alan DESROCHES
L'ARBRE DU DIEU PENDU de Alejandro Jodorowsky, éditions Métailié
eresa Groismann la grand-mère terrible maudit le dieu des Juifs qui lui a enlevé son enfant et décide de devenir une goy dompteuse de puces. Son mari Alejandro, le cordonnier, est habité par un rabbin caucasien qui lui prêche une charité dispendieuse. Abraham l'apiculteur incestueux, Alejandro Prullansky le grand danseur du Ballet impérial, Salvador Arcavi le dompteur qui apprend à lire les tarots dans les yeux de ses lions, Alejandro, le boxeur anarcho-syndicaliste ; tous nous entraînent dans le tourbillon des aventures extraordinaires qui les conduisent des ghettos russes au Chili de la Grande Dépression.
Jodorowsky transforme sa mémoire familiale en légende héroïque, mais cette réalité mythifiée est métamorphosée par une écriture malicieuse et ironique. Un grand roman baroque qui fera le bonheur de tous ceux qui aiment qu'on leur raconte des histoires. C'est à une généalogie de l'imaginaire que se livre Jodorowsky. Sa famille partie de Russie en France via le Chili excite l'imaginaire. Ainsi, anarchisme, magie, érotisme exacerbé et sauvage, vie antérieure, homosexualité, sont le lot et la vie des ancêtres de Jodo. Il y a aussi un sorcier indien mapuche qui pratique la sorcellerie. Dans ce livre ou la magie et le fantastique sont étroitement lié, dans un orgasme continuel, ou la sexualité débridée des personnages n'a aucune limite. Jodorowsky atteint le paroxysme des sens. Teresa, la grand-mère terrible, maudit le dieu des Juifs qui lui a enlevé son enfant et décide de devenir goy. Voici la saga des Levi, débarqués des ghettos ukrainiens à Valparaiso.
Teresa l'impératrice dresseuse de puces donne l'effarent coup d'envoi d'une épopée de superstitions, lamentations, tonitruants exploits et quêtes spirituelles mêlant le Talmud à la science-fiction... Morts violentes, viols barbares et rêves souillés dépeints avec une débauche d'inventions mais aussi une poignante tendresse. Un épopée familiale héroï-comique des ghettos russes au nouveau monde de la Dépression. Il y a chez Jodorowsky un talent de conteur riche d'une imagination sans limites et sans interdits... Sa plume court, bifurque, parcourt le monde, fait vivre des milliers de vies, loin des souffrances anciennes, vers un achèvement peut-être lumineux : une naissance. Un roman tranchant, décalé, mythique, ou le réel est transformé en légende héroïque.
J.-P. C.