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POKER-MENTEUR de Christine Brunet, éditions Gascogne
Le nouveau thriller de Christine Brunet Poker-Menteur nous entraîne dans la Provence de Pagnol, de Marseille à Aubagne en passant par Lourmarin. Mais l’esprit ensoleillé et poétique de Marcel Pagnol s’arrête là ! Christine Brunet va nous emmener dans un polar haletant où les morts vont se compter par dizaines. Flics, politiques, trafiquants de drogue, hommes de mains, femmes d’affluences, mafieux… vont finir pour beaucoup sur le « carreau » !
Dans Poker-Menteur on retrouve les personnages que Christine Brunet a mis en place lors de ses précédents polars avec en tête d’affiche la célèbre commissaire Axelle de Montfermy, chef de la SPIE, toute puissante police européenne.
Mise sur une enquête par Pétras Galia, présidente de l’Europe, la commissaire va débarquer dans un service le CERI pour enquêter sur la mort de deux de ses hommes Mark et Tara abattus chacun d’une balle dans la tête. Pourquoi ? Par qui ? Dans quel but ? Ces questions vont donner à Montfermy de devoir la jouer serrer voir très serrée ! Sa vie sera en danger comme celle de son fils Nicolas. Mais la commissaire pourra compter sur ses fidèles lieutenants parmi lesquels Guillaume, le génie de l’informatique et son pote Julien, celui des effets spéciaux. Elle retrouvera aussi les énigmatiques frères Sheridan. Ces ex-membres de L’IRA au sang chaud et au jeu pas très catholique, sans oublier celui qui veille sur sa santé le docteur Macias.
Cette enquête sera redoutable pour Axelle de Montfermy, décidée à démanteler un réseau mafieux tentaculaire pour y couper la tête du chef. D’enquêtes éventées aux nombreux coups fourrés, aux douaniers, flics ripoux jusqu’à la moelle, trahisons, exécutions, corruption, collusion, flics infiltrés, rien ne sera épargné à madame la commissaire. Durant cette enquête elle retrouvera des personnes qu’elles croyaient disparues ! La cité phocéenne est la cible des mafieux pour en prendre le contrôle. La drogue arrive de toute part, qui commande qui ? Autant de questions dans ce thriller qui mêle jeux de pouvoir, conflits familiaux, complots politiques et appât du gain. Ceux qui travaillent avec Montfermy doivent protéger leurs arrières pour ne pas finir eux aussi dans une mare de sang !
Christine Brunet est machiavélique dans son écriture, à la moitié du polar on se demande comment l’auteur va nous entraîner pour la suite de cette histoire. Chaque fois elle nous remet une histoire dans l’histoire. Quand on croit tenir une piste, elle nous embarque sur une autre, semant des indices afin de mieux déstabiliser son lecteur. Elle y réussit parfaitement. Comme la drogue qui circule dans ce livre, on est accroc à l’écriture de Christine Brunet. On dévore les 506 pages de thriller avec un grand plaisir. Les polars précédents (qu’il faut lire absolument) étaient déjà de grande qualité. Poker-Menteur est un pur régal et un vrai bonheur à lire. Un livre qui pourrait avec un bon scénariste et un metteur en scène comme Olivier Marchal par exemple devenir un grand film policier.
Si vous partez en vacances cet été, procurez-vous vite Poker-Menteur et au bord de la mer, au camping, à l’hôtel installez-vous tranquillement et vous suivrez l’enquête du commissaire Montfermy avec passion. Quant au dénouement final, il est somptueux, mais là à vous de le découvrir, car il se mérite ! Pour ce 6e roman, Christine Brunet nous a bien bluffées avec « Poker-Menteur » de haute volée.
Patrick Dubois
Madame EMMA BOVARY
La meilleure façon de découvrir ou de redécouvrir, Gustave Flaubert 1821/1880 Madame BOVARY, inspiré d’un fait divers normand. Ce délicieux roman publié en 1856, véritable petit bijou de sensualité. Vous allez me dire et ce pauvre Charles…Je pense pour ma part, que si Flaubert avait vécu à notre époque, il aurait fait de Charles un adepte du candaulisme. Mais cela reste une idée toute subjective .La vie de la pauvre enfant, Berthe et le destin d’EMMA, nous laisse un goût amer, comme un enfant abandonné le soir de Noël. Mais il faut bien le dire, Flaubert nous offre dans ce livre des pages d’une poésie érotique remarquable. Et quelle santé ce Rodolphe et ce Léon…Devant la médiocrité de notre société de consommation à outrance, de bêtise et de violence gratuite, je suis de plus en plus mélancolique d’une époque romanesque, j’aime l’imaginaire et le mystérieux, donc je suis certainement atteint de Bovarysme. Je vous recommande de lire ou de relire Flaubert.
Philippe BARBIER
VILLIERS DE L'ISLE-ADAM, Splendeur et misère, de Jean-Paul Bourre, éditions Les Belles Lettres.
Misérable, malade, dans l'indigence, il reste le chevalier superbe, tel qu'on le voit dans les anciennes histoires. Huysmans, Mallarmé, Rémy de Gourmont, Léon Bloy ou Verlaine ne s'y sont pas trompés, qui ont fait de lui un archange cruel, un héros médiéval, un grand prêtre, un messie... avant de l'oublier sur le bord de la route, avec des soupirs et quelques remords. Il faut saisir Villiers à la Brasserie des Martyrs, un soir de l'année 1860. Il a bu du champagne, fumé des cigares, et il est en verve. Autour des tables, Murger, Jules Vallès, le peintre Courbet, Jean Richepin, le jeune Mallarmé, et le tout jeune Verlaine. Baudelaire se tient un peu à l'écart, installe autour de lui une zone de respect. Ce qui distingue nettement Villiers de Nerval, Baudelaire ou Rimbaud, c'est que sa famille l'a considéré très tôt comme un « génie ». A dix-sept ans, Villiers de l'Isle-Adam vient de faire l'expérience du désir dans la mort, sur d'obscures frontières. Il ne s'est pas contenté de lire Hegel, Héraclite, Les Fleurs du mal ou les Histoires extraordinaires d'Edgar Poe, installé dans le jardin familial, dans une attitude réfléchie, studieuse, nostalgique et proustienne. Il est descendu très tôt dans le gouffre, muni d'une torche - « Il habita à Paris, une haute ruine inexistante » dira Mallarmé, fixant Villiers dans une légende gothique ancienne, digne du château d'Otrante d'Ann Radcliffe ou des forteresses vampires chères à Dumas. « ne voyant rien de ce que nous voyons et voyant ce qu'il ne nous est pas permis de voir ». Villiers de l'Isle-Adam – celui qui devait devenir l'honneur de sa famille en remportant la bataille des Lettres, « plume de fer au cimier » - se vautrait avec des prostituées, empoisonnait le sang bleu de ses ancêtres, affalé dans des bordels, ivre d'opium ou de vin, déclamant des discours insensés. Louise Dyonnet, la reine orgiaque, avait allumé pour lui de splendides perversions, avant de faire office de prêtresse démoniaque, et de lui serrer le cœur dans son gant de fer. C'est ce que pense tante Kérinou qui parle d' « une misérable créature, qu'il est certain qu'elle lui avait jeté un maléfice ». Il devenait le frère damné de Poe et de Baudelaire, bien avant Rimbaud, celui qui a bu la « fameuse gorgée de poison ». Villiers de l'Isle-Adam est fidèle au mot d'ordre du maître Charles Baudelaire : « Enivrez-vous !... Enivrez-vous de tout ! » Il avançait comme un saint Sébastien percé de flèches. Villiers écrira « Je me fous de la littérature. Je ne crois qu'à la vie éternelle ! » Rémy de Gourmont déclarera avec emphase : « Il a rouvert les portes de l'au-delà, closes avec quel fracas, on s'en souvient, et par ces portes toute une génération s'est ruée vers l'infini ». Tel est l'enjeu de Villiers. S'épuiser à vivre en rêvant, tenter l'ultime miracle, en jetant ses derniers feux.
J.-P. C
Benjamin Hopin, Au-delà de l’absence, Poèmes, Edilivre
La forme choisie par Benjamin Hopin est synthétique, épurée. Ce sont, pour la plupart, de courts poèmes qui vont à l’essentiel. Chacun d’eux est le souvenir d’un instant, d’un lieu, d’une émotion, que les mots marquent, entourés des couleurs de l’expérience. Nous pouvons penser à des croquis pris sur le vif.
Les sentiments, dans leur complexité à vivre, sont là et s’inscrivent dans une sorte d’errance sur un sentier où le marcheur va au hasard, à la découverte de ses réactions face à ce qui se présente. Ce sont aussi des miroitements, des instants imprévisibles qui carillonnent dans le cœur. Images dont le corps s’est imprégné, qui tracent une vie, qui n’est pas fardeau mais expériences multiples : « Il me reste cette image/ Celle d’une magicienne/ Sortant du sentier/ Accompagnée des doigts de la nuit/ Les pieds dans la rosée ou Seule ta beauté/ Peut/ Dénuder l’onde/ Tes bras intimes/ Savent/ Caresser/ Toute désespérance ».
Didier Du Blé