CINEMA par Christian GREGOIRE

Publié le par Le Syndicat des journalistes et écrivains

CINEMA par Christian GREGOIRE

Everyone's Going to Die, de Jones (pseudonyme d'un duo de réalisateurs).

Ray est un truand qui cherche à se ranger. Melanie n'a pas de travail et s'ennuie ferme avec un petit ami trop peu présent à son goût. Ces deux-là vont se rencontrer et, un peu par hasard, passer deux jours ensemble… Certes, ce film a un titre plombant, il met en scène des dépressifs et donne une vision pas très joviale de l'Angleterre. Mais derrière ce vernis mélancolique, ne niche une comédie romantique dotées d'une douce fantaisie.

Du goudron et des plumes, de Pascal Rabaté
Commercial pour une société de traitement contre les termites, Christian n'hésite pas à tricher un peu pour finaliser ses ventes. Encouragé par sa fille, qu'il élève seul, il accepte de participer à un triathlon estival et rencontre la charmante Christine. Saura-t-il accepter les bonheurs simples qui s'offrent à lui ? Couleurs vives, cadres au cordeau, humour poétique : Pascal Rabaté confirme son talent découvert dans Les petits Ruisseaux.

Palerme, d'Emma Dante
Deux voitures face à face dans une ruelle étroite de Palerme : laquelle des deux laissera passer l'autre en premier ? A partir de cette très bonne idée, Emma Dante met en scène un duel acharné entre deux conductrices t^tues. Étirer une telle situation et la traiter jusque dans ses aspects les plus banals aurait pu affadir les personnages. Si le scénario ne s'épuise pas et si les rebondissements ne paraissent jamais artificiels, c'est que la réalisatrice anime avec une un drôlerie acide l'espace autour des véhicules.

L'Ex-de ma vie, de dorothée Sebbag
Ariane, violoniste, accepte la demande en mariage d'un chef d'orchestre. Sauf qu'elle est toujours mariée à un autre, à qui elle donne rendez-vous à Paris pour divorcer en huit jours chrono. Très rapidement, elle se demande si c'est vraiment une bonne idée. Une comédie sans prétention qui se laisse voir avec plaisir.

On a failli être amies, d'Anne Le Ny
Marithé (Karin Viard) travaille dans un centre d'orientation pour adultes. Elle prend en charge Carole (Emmanuelle Devos), qui vit dans l'ombre professionnelle de son mari. Le film déroule la sympathique chronique de leur relation d'amitié, d'amour et de jalousie.

Wolf , de Jim Taihuttu
En liberté conditionnelle, Madjid tente de se refaire une place dans la société. Faisant fi des risques, il se renfloue grâce à des menus larcins et des matches de boxe. Dès son premier combat, la mafia le repère… Le réalisateur signe un portrait peu convenu mais qui sonne juste.

Débutants, de Juan Pittaluga
Trois acteurs âgés de 20 ans en pleine éclosion -à la ville comme à la scène – et trois manières d'affronter les désillusions à venir. Naïs s'évade dans la drogue et s'éteint à petit feu, Jackee se débat entre ses ambitions théâtrales et son milieu familial, Jean refuse de mettre à mal ses idéaux sociaux et politiques pour percer dans le métier. Ce film esquisse avec finesse et sensibilité des réponses à cette question cruciale : comment chuter dans le réel sans trop se faire mal ?

Maestro, de Léa Fazer.

Un maître du cinéma d'auteur transmet à ses interprètes sa passion de la poésie. C'est un récit tendre d'un apprentissage, dans lequel on découvre l'univers d'un certain milieu cinématographique cloisonné: avec d'un côté, des auteurs qui méprisent ouvertement tout ce qui est divertissant, et de l'autre de jeunes acteurs, possibles futures stars, qui pouffent de rire dans leurs assiettes devant certains dialogues par trop littéraires. Ce que la réalisatrice parvient à montrer avec brio, c'est la peinture tendre et légèrement acide d'un tournage fauché...Avec des personnages tout en finesse, tel l'épatant Michaël Lonsdale, dans le rôle de ce "Maestro", génie fantasque et partageur.

Comrades, de Bill Douglas

La pauvreté et l'obsession de la justice sociale sont au coeur de ce dernier film de Bill Douglas, enfin distribué en France un quart de siècle après sa sortie modeste au Royaume-Uni où l'ultralibéralisme de Thatcher triomphait alors...Pendant plus de trois heures qui semblent trop courtes, Douglas reconstitue le martyre de six fermiers anglais qui, pour avoir réclamé des augmentations de salaire et créé en secret la "Société amicale des laboureurs" en 1834, furent condamnés à la déportation en Auustralie par un tribunal aux ordres des propriétaires terriens. Il rend hommage à ces synidcalistes en peintre autant qu'en cinéaste. Il magnifie les couleurs douces des paysages anglais et restitue la lumière crue des antipodes dans des plans composés comme des tableaux. Le cinéaste parvient, avec beaucoup d'inventivité, à sortir de la simple relation révolutionnaire pour lui ajouter une touche poétique, sous une forme de fil rouge par l'intermédiaire d'un montreur d'ombres itinérant. Magnifique façon de montrer comment l'art peut accompagner l'humanité dans son rêve d'une vie meilleure, et sublimer cet idéal de fraternité.

Publié dans N° 342

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