Cinéma de Christian Grégoire

Publié le par Le Syndicat des journalistes et écrivains

Cinéma de Christian Grégoire

Mea Culpa, de Fred Cayavé.

Un ex-flic désabusé sort de sa torpeur pour protéger sa famille de lourdes menaces surgissant de son ancienne vie. Avec la rigueur d'écriture qui caractérisait déjà ses deux premières réalisations, Fred Cayavé, en artisan, cisèle un film imparable. A la fois ludique et éprouvant, porté par des enjeux évidents, mais également par la duplicité des personnages, Mea culpa redore le blason du cinéma populaire français.

C'est eux les chiens, de Hicham Lasri

L'équipe d'un journal télévisé marocain cherche un sujet à tourner en plein « printemps arabe ». Elle tombe sur un type hagard qui entre dans le champ de la caméra. Les journalistes comprennent qu'il s'agit d'un ancien opposant politique, porté disparu pendant les émeutes du pain de 1981, relâché sans explication au bout de trente ans de détention. Ils décident de l'aider à retrouver sa famille et ne cessent de filmer le tout. Le procédé est très immersif et prenant, donnant à l'ensemble une cohérence faite de naïveté urgente à la colère tantôt triste tantôt amusée par le chaos ambiant.

Ida, de Pawel Pawlikowski

En 1962, une jeune nonne découvre le monde extérieur avant de prononcer ses vœux.

La jeune femme étant plutôt réfractaire à cette idée, c'est la mère supérieure elle-même qui lui conseille d'aller goûter à la vie avant de s'enfermer au couvent. La timide Ida rend donc visite à sa tante Wanda, une juge d'instruction, qui brûle la chandelle par les deux bouts. La composition des plans, passant de la contre-plongée vers les cieux à la franche plongée vers la terre, au fur et à mesure du périple d'Ida, confère une ampleur mystique à l'ensemble. Mystique parce qu'Ida et Wanda entreprennent un voyage pour déterrer les secrets de leur vie, et parce que leurs choix sont guidés par la foi (ou par son insupportable absence) plutôt que par la morale.

Aimer, boire, et chanter, la dernière facétie de Resnais

"Aimer, boire et chanter" est l'ultime fantaisie du cinéaste Alain Resnais, qui mélange joyeusement théâtre, cinéma et bande dessinée, avec des comédiens tout à la joie de leur texte.

"J'ai essayé de réaliser ce que Raymond Queneau appelait dans +La Saint-Glinglin+, +la brouchecoutaille+, une sorte de ratatouille, en cassant les barrières entre cinéma et théâtre pour gagner en liberté", expliquait à propos de ce film Alain Resnais, insatiable arpenteur de l'imaginaire, décédé le 1er mars dernier.

"Alain aime faire ce que les autres ne font pas (...) prendre toutes les formes de spectacle, tous les arts et les réunir", déclarait son épouse et muse, Sabine Azéma, lors de la 64e Berlinale, où le film était présenté en compétition, et où le cinéaste, fatigué, n'avait pu faire le voyage.

"Aimer, boire et chanter" est tiré de la pièce "Life of Riley" du dramaturge britannique Alan Ayckbourn que Resnais avait déjà transposé au cinéma dans "Smoking/No Smoking", et "Coeurs" en 2006. Il travaillait avant son décès sur une autre pièce d'Ayckbourn, "Arrivées et départs".

Dans "Aimer, boire et chanter", à l'instar de la pièce de Samuel Beckett "En attendant Godot", les personnages du film, censé se dérouler dans la campagne anglaise du Yorkshire, parlent beaucoup d'un autre, George Riley, sans que jamais il n'apparaisse. Ce Riley est très malade et va bientôt mourir. Trois couples de ses amis vont voir leur vie bouleversée de ce fait.

Lorsque le médecin, Colin (Hippolyte Girardot), apprend par mégarde la situation à sa femme, Kathryn (Sabine Azéma), il ignore que Riley a été son premier amour. Jack, mari volage (Michel Vuillermoz), a confiance en sa femme Tamara (Caroline Silhol) jusqu'au jour où elle doit jouer dans leur troupe de théâtre amateur des scènes d'amour appuyées avec Riley, son meilleur ami.

Jack tente alors de persuader Monica (Sandrine Kiberlain), femme de George qui vit avec le fermier Simeon (André Dussolier), de revenir auprès de son mari pour l'accompagner dans ses derniers mois. Le tout se déroule non pas dans des décors naturels mais devant de grandes toiles peintes pour représenter les domiciles des couples où l'action se déroule alternativement.

Avant chaque changement de lieu, des dessins représentant les maisons des uns et des autres apparaissent à l'écran. De même, un fond dessiné graphique sert de décor aux "confessions" des personnages.Tous sont signés Blutch, un des plus grands auteurs actuels de BD, qui se disait ravi "de participer pour une fois de la première à la dernière minute" d'un film alors que quand il s'agit de dessiner simplement l'affiche "on arrive en dernier, quand le repas se termine".

Dessins et confessions

La passion de Resnais pour la bande dessinée est connue. Blutch avait réalisé l'affiche de son précédent film, "Vous n'avez encore rien vu". D'autres auteurs de BD en ont signé d'autres, comme Enki Bilal, tandis que le cinéaste avait consacré au monde des bulles "I want to go home", en 1989.

Cette nouvelle comédie aborde un des thèmes chers à Resnais, la mort, et le film s'achève sur l'enterrement de Riley. Le réalisateur poursuit également sa déclaration d'amour au théâtre et aux acteurs auxquels il vouait une authentique passion, jusqu'à avoir constitué une véritable troupe autour de lui au fil des années.

Resnais a marqué le cinéma français d'oeuvres majeures comme "Nuit et brouillard", "Hiroshima mon amour", "Providence", "Les herbes folles". A Berlin, "Aimer boire et chanter", avait reçu une ultime récompense destinée à saluer un film qui "ouvre de nouvelles perspectives" pour le cinéma . De quoi réjouir le facétieux réalisateur de 91 ans.

De toutes nos forces: une leçon de courage et d'amour

C'est l'histoire d'une famille ordinaire: un papa, une maman et deux enfants. Sauf que le fils, ado, est en fauteuil roulant et qu'il n'en peut plus. Que le père, dépité, s'enfonce dans son silence. Que le couple est au bord de l'éclatement. Et voilà que Julien, le fils, se met en tête de se lancer dans l'Iron Man, un triathlon surhumain. Contre vents et marées, il ne cèdera rien, contraignant son père - Jacques Gamblin - à le suivre et ressoudant le couple.

Sur cette trame, Niels Tavernier réalise, avec "De toutes nos forces", son deuxième long métrage, un film sensible et joyeux qui fait oublier le handicap. "Un film sur la détermination et le dépassement de soi", selon le réalisateur.

Dans des décors naturels magnifiques - les Hautes Alpes, Nice et son arrière-pays -, Niels Tavernier, plus connu pour ses documentaires, fait partager, avec des dialogues qui sonnent juste, la métamorphose de Julien, décidé à devenir acteur de sa vie et à ne plus laisser les autres - même les plus bienveillants, comme sa mère, incarnée par Alexandra Lamy - décider pour lui.

Dans cette entreprise, après avoir longuement retravaillé le scénario avec le producteur, Philip Boëffard ("Welcome" de Lioret, ou encore "L'ordre et la morale" de Kassovitz), le choix des comédiens s'est avéré capital. "J'avais besoin d'acteurs solides car je savais que le jeune incarnant Julien, il allait falloir le former", souligne Niels Tavernier pour expliquer le choix de Jacques Gamblin et d'Alexandra Lamy, tous deux excellents.

Découvrir "Julien" n'a pas été simple. "J'ai contacté 170 établissements, mais je ne trouvais pas", confie le réalisateur. Finalement est apparu Fabien Héraud, élève en 1ère techno à Nantes: "J'ai envoyé une lettre pour rigoler. Niels est venu me voir au lycée et on a fait des essais. J'ai mis mes parents devant le fait accompli car je ne leur en avais même pas parlé, tellement pour moi c'était rien de sérieux", raconte Fabien sous le regard complice de ses parents dans la vraie vie.

Déjà affuté - il pratique le marathon et le cyclisme -, Jacques Gamblin hérite d'un rôle très physique: l'Iron Man, c'est 3,8 km de natation, 180 km de vélo et 42 km à pied, en 16 heures maximum. Le tout, dans le cas présent, en tractant son fils. "Jacques n'a pas voulu être doublé, sauf sur une très courte séquence. Il voulait absolument faire tout, tout, tout. Il me disait: je me sens responsable de ce gamin. Il fallait qu'il le fasse, qu'il le vive, dans l'effort, le dépassement", constate Niels Tavernier.

Pour le rôle féminin, le réalisateur souhaitait "une maman très lumineuse, très vive, pour faire la balance avec le papa". "J'avais suivi une maman pour un documentaire, croisé d'autres femmes dans une situation similaire, et je m'en suis inspirée: difficultés dans le couple, difficultés dans la vie professionnelle", complète Alexandra Lamy.

"Je voulais que les femmes qui viennent voir le film se retrouvent dans le personnage féminin. Tout est dur pour elle. Et aussi que le père ne ramasse pas la mise à la fin, que la mère y soit associée", souligne Tavernier."J'ai beaucoup appris de mes acteurs, reconnaît le cinéaste. Jacques me disait de ne pas toujours mettre des mots pour décrire une situation. Il insistait: il faut faire confiance à l'acteur, à ta scène. Plus tu es dans l'épuré, dans le silence, plus tu adhèreras à ce film."

Quant à Fabien/Julien qui porte le film, dans ces moments de tournage, "on oublie le handicap, c'est quelque chose d'incroyable", dit-il. Avec un espoir: "que le film fasse changer les choses, qu'on voie la personne avant le handicap".

All about Albert, de Nicole Holofcener réunit un beau duo d'acteurs américains, Julia Louis-Dreyfus et James Gandolfini dans ce qui est son dernier rôle. Tous deux incarnent des adultes divorcés, chacun de leur côté, qui redoutent le départ de leur fille unique du cocon familial pour l'université. Tandis qu'Eva tombera bientôt amoureuse d'Albert, elle copine sans le savoir au début avec l'ex-femme de Gandolfini, Marianne, qui n'arrête pas de dire du mal de lui. Le film est une comédie tendre et drôle sur deux personnages qui ne se seraient pas rencontrés sans les hasards de la vie.

Les gazelles, de Mona Achache,

Marie (Camille Chamoux) et Eric, trentenaires en couple depuis le lycée, viennent d'acheter leur premier appartement. Pour Marie, c'est le déclic, la certitude de devoir passer à autre chose pour ne pas avoir une vie sans relief. Ce d'autant qu'elle croise sur son chemin un garçon séduisant (Samuel Benchetrit) mais finalement sans intérêt. Elle décide de tout envoyer balader. Et se retrouve à grossir les rangs d'une bande de filles prêtes à faire la fête, à boire de la vodka et à fumer cigarette sur cigarette. Mais en fait, toutes cherchent l'homme de leur vie alors que l'horloge biologique tourne. La recherche de l'âme soeur, comme l'explique le personnage d'Audrey Fleurot dans le film, c'est comme à leur boulot à Pôle emploi: "Une affaire d'offre et de demande". Dans cete comédie grinçante, la force de ces filles est qu'elles convertissent toutes les situations qui pourraient être dramatiques ou de grande détresse psychologique en humour. Finalement, elles vivent aussi les choses pour pouvoir se les raconter".

L'Association ARPO organise comme chaque année sa manfistation Tarn en Poésie. Au programme l'exposition Rec'If d'Isabelle Fabre, une exposition des revues de poésie et une rencontre avec l'invite d'honneur, qui cette année est le poète marocain Abellatif Laâbi.

Jusqu'au 17 avril à Carmaux. Renseignements: 05 6376 09 73

Publié dans N° 340

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